Et au-delà de l’urgence, il s’agit de préparer un avenir et de donner les moyens d’imaginer de nouveaux horizons

Mon intervention en réaction à la Déclaration de politique générale de la COCOF.

Madame la Présidente,
Madame la Ministre-Présidente,
Mesdames et Messieurs les membres du Collège,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

L’heure est grave. oui.

La détérioration de la situation sanitaire affecte lourdement la population de notre région. La COVID-19 touche aujourd’hui un nombre jusqu’à présent inégalé de Bruxelloises et de Bruxellois, surtout parmi les plus vulnérables. De plus, la pandémie met à rude épreuve notre système de soins de santé.

Nos pensées vont en particulier vers toutes les personnes qui ont perdu des proches, qui ont elles-mêmes souffert de la maladie, ou qui se retrouvent aujourd’hui en difficulté. 

Nos pensées vont vers celles et ceux qui sont aujourd’hui en première ligne pour soigner les malades et faire face aux conséquences de la crise.

Vous l’avez souligné, Madame la Ministre-Présidente, cette pandémie pèse fortement sur notre capacité, individuelle ou collective, à nous projeter dans l’avenir. Chacune et et chacun de nous le ressent aujourd’hui : à l’heure où plusieurs pays en Europe et dans le monde durcissent les mesures sanitaires, se reconfinent partiellement ou totalement, et tandis que la Belgique est à nouveau suspendue aux prochaines annonces d’un comité de concertation, il est difficile de s’imaginer de quoi demain sera fait. D’où la difficulté de l’exercice auquel nous nous plions tous aujourd’hui : comment programmer une politique pour l’année à venir, malgré les incertitudes.

Mais en dépit de ces tourments, en dépit de cette confusion, il est essentiel de maintenir le cap. Cette première déclaration de politique générale en temps de COVID-19 est l’occasion de rappeler à quel point les missions qu’exerce la COCOF ont été (et resteront) essentielles pour permettre à toute une série de publics de tenir bon. 

Il est plus que jamais nécessaire d’adapter et renforcer notre première ligne de santé. 

Il est plus que jamais nécessaire de venir en aide aux plus fragiles d’entre nous, en veillant à remédier aux fractures de notre société. 

Et au-delà de l’urgence, il s’agit de préparer ou, si j’ose dire, de réparer un avenir pour bon nombre de nos concitoyens, et de leur donner les moyens d’imaginer de nouveaux horizons.

Et à entendre la voie que vous tracez pour l’année qui s’annonce, je suis confiante dans la détermination du Collège pour assurer ses missions en faveur des Bruxelloises et des Bruxellois.

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Pour prendre soin des plus fragiles d’entre nous : je pense en premier lieu aux politiques menées en matière de santé. Il convient de les adapter et de les renforcer.

Aujourd’hui, tous les yeux sont rivés sur notre système hospitalier, qu’il faut maintenir et soulager de toutes nos forces. En COCOF, cela passe par un renforcement de notre première ligne de soin et du secteur de l’ambulatoire. Je me réjouis donc des mesures fortes qui sont prises en ce sens.

Nos maisons médicales sont un des éléments-clé de ce dispositif.  Elles renforcent l’accessibilité des soins pour un public souvent en situation de précarité. L’agrément de deux nouveaux services, et le soutien à la création de quatre services supplémentaires vont dans la bonne direction, et nous comptons sur la poursuite de vos efforts à ce niveau.

La pandémie de covid-19 nous fait aussi prendre conscience de l’urgence d’adapter notre approche des politiques de santé, en rééquilibrant le curatif en faveur du préventif. Depuis quelques mois, les notions de gestes barrière, de prévention reviennent sur le devant de la scène. De nombreux efforts de communication et de pédagogie ont été menés tout au long de la crise pour sensibiliser la population à ces questions. Et pour être plus efficaces, ceux-ci doivent s’articuler dans le cadre d’une approche ambitieuse en matière de promotion de la santé et de santé communautaire. Nous saluons donc le soutien accordé aux diverses démarches entreprises dans ce domaine durant la crise, ainsi que l’augmentation du budget pour favoriser de nouvelles approches innovantes. Nous espérons qu’elles permettront aussi de développer des processus participatifs, afin de garantir une meilleure appropriation par la population des enjeux sanitaires présents et à venir.

La crise a aussi mis en exergue les problématiques de santé mentale. Conséquences du choc collectif de la pandémie et du confinement sur nous tous; Difficulté accrue de suivre des patients déjà en grande détresse; Les professionnels de la santé mentale se retrouvent aujourd’hui confrontés à des défis d’une ampleur considérable. En accordant une enveloppe d’un million huit cent mille euros à ce secteur, et en étendant l’agrément de plusieurs structures, le Collège montre qu’il a bien pris la mesure de ces enjeux.

Autre public fragile également concerné par les politiques de santé de la COCOF, les personnes âgées : cette pandémie les a touchées et les touche encore plus que tout autre catégorie de la population. Cela amène également à repenser la place qui est faite aux aînés dans notre société. Notre groupe s’est à maintes reprises prononcé en faveur du développement des dispositifs garantissant leur autonomie, en développant d’autres options que celles des maisons de repos. Pour cette raison, nous nous réjouissons de l’augmentation de 5% du contingent d’heure d’aides à domicile, et du soutien aux projets innovants en matière d’inter-générationnel ou de maintien à domicile.

Je pense aussi à la question du handicap que nous avons régulièrement abordé au sein de notre assemblée. Je pense en particulier aux auditions qui ont été menée sur la thématique de l’autisme, et qui devraient prochainement aboutir à des recommandations.

À l’instar de nos collègues, et aux côtés des professionnels du secteur et des association de parents, nous sommes particulièrement conscients de l’importance des besoins des familles et de la nécessité d’y apporter des réponses adéquates.  Les besoins sont énormes

  • en matière de places d’hébergement pour les personnes en situation de grande dépendance ou de places de répit.
  • en accompagnement et en soutien pour les familles et les aidants proches.
  • et en général, en efforts à fournir de manière transversale pour atteindre une véritable inclusion des personnes en situation de handicap au sein de notre société.

Nous vous rejoignons là-dessus, Madame la Ministre-présidente, l’ambition et le volontarisme doivent être de mise. En ce sens, les annonces du Collège comportent plusieurs avancées positives. Nous retiendrons :

  • Divers projets créant de nouvelles places de répit ou d’hébergement pour personnes de grande dépendance, dont certain dans des logements inclusifs
  • La poursuite de la réalisation de plans d’investissements pluriannuels, avec la création de places en centres de jour pour enfants,
  • La réalisation d’un cadastre des services et des besoins
  • Et le soutien accru aux services d’accompagnement visant à offrir d’autres solutions que la vie en institution.

Nous serons attentifs à la mise en œuvre de ces mesures. Et nous espérons que la détérioration de la situation sanitaire ne perturbera pas ces projets tant attendus.

Pour finir, nous tenons à souligner, la bonne collaboration sur le terrain pendant cette crise entre les différentes institutions des entités sur le territoire de la Région, Iriscare, la COCOM, la COCOF,  la VGC et la Vlaamse Gemeenschap.  Nous saluons aussi la bonne collaboration entre ces institutions et les professionnels du secteur subsidié.
Les barrières institutionnelles et linguistiques s’estompent, seul compte le soutien apporté à la population.

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Prendre soin de la population, c’est aussi s’efforcer de remédier aux multiples fractures qui sévissent en son sein.

Nous le constatons déjà et cela risque de s’amplifier dans les semaines et les mois à venir : la crise sanitaire s’accompagne d’une crise sociale et économique, qui accentue fortement les difficultés d’un grand nombre de ménages. Le renforcement confirmé des services de médiation de dette, prévu dans le cadre du plan de relance et de redéploiement, est une soupape nécessaire pour soutenir celles et ceux qui se retrouvent dans des situations très précaires.

Mais soyons lucides. Ces services ne suffisent pas à eux seuls pour remédier à des problèmes de surendettement structurel des ménages. Il faut une approche globale de lutte contre la pauvreté, dont les leviers sont pour l’essentiel ailleurs (notamment aux niveaux fédéral et régional). Les objectifs du futur plan social-santé intégré, présentés il y a quelques semaines lors d’une commission conjointe COCOF-COCOM-VGC, intègrent à juste titre la lutte contre le non-accès aux droits.

Une autre fracture que nous avons eu l’occasion de débattre au sein de notre assemblée est la situation des jeunes en errance. Un thème que vous ne mentionnez pas aujourd’hui, Mme la Ministre-Présidente, mais qui mérite, je pense, que l’on s’attarde quelques instants. D’autant qu’il y a quelques semaines, vous avez apporté un certain nombre de réponses à ce sujet en commission. Ce public est particulièrement vulnérable car il se trouve souvent à la croisée de plusieurs difficultés. Par exemple : Sans-abrisme, décrochage scolaire, désaffiliation sociale et non-accès aux droits, assuétudes, discriminations liées à l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. S’y ajoute une relation particulièrement complexe de ces jeunes, parfois qualifié « d’incasables », avec les institutions et les professionnels du secteur. Certes, vous l’avez clairement indiqué, la COCOF n’est pas la seule entité compétente pour traiter ces enjeux, mais elle doit contribuer aux efforts concertés avec les autorités partenaires. La création d’une structure d’accueil de jour à bas seuil en région bruxelloise, et la mise en place du réseau  « A Way Home », en sont déjà des concrétisations.

Outre ces factures sociales, il convient de ne pas oublier les fractures liées au genre. En matière d’égalité de droits entre femmes et hommes, nous nous réjouissons des efforts poursuivis par le Collège pour intégrer cette dimension dans l’élaboration du budget de la COCOF. Lors des discussions budgétaires de l’année dernière, nous avions constaté que cette approche du « gender-budgeting » n’était encore qu’à ses débuts. La généralisation de cet outil et son appropriation par tous, sont des étapes essentielles pour permettre de corriger les biais de genre dans nos politiques publiques et remédier aux inégalités structurelles qu’elles contribuent à reproduire entre femmes et hommes. L’examen des budgets de cette année constituera à cet égard un exercice décisif.

Toujours sur les inégalités de genre, le confinement du printemps dernier a malheureusement mis en exergue la question des violences intra-familiales. Et en particulier celles faites aux femmes. L’actualité récente vient, encore une fois de trop, nous rappeler de manière tragique à quel point ces enjeux nécessitent des efforts concertés à plusieurs niveaux de pouvoir. Nous espérons que le plan inter-francophone de lutte contre les violences faites aux femmes permettra d’aider à prévenir la répétition de tels drames. Nous saluons déjà le soutien accru du Collège aux associations actives dans le domaine, ainsi que les dispositifs d’accueil et d’hébergement en hôtel pour femmes victimes de violences.

La nouvelle maison d’accueil organisée par les Petits Riens, dédiée au familles monoparentales, que vous soutenez, est aussi un lieu de répis important, sans doute principalement pour des femmes et leur enfants.

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Qu’il s’agisse des enfants, des jeunes ou des adultes, les missions de la COCOF en matière de petite enfance, d’enseignement, ou de formation professionnelle sont autant de leviers pour préparer l’avenir, ou plutôt, comme je le disais plus haut, réparer l’avenir. 

Ce sont des leviers pour redonner des perspectives plus rassurantes. Des leviers pour mieux comprendre et s’adapter à un monde qui s’emballe et nous échappe. Des leviers pour se réinventer dans une société où le travail est en pleine mutation.

Nous songeons en premier lieu aux tous-petits, qui naissent aujourd’hui dans un monde un peu plus incertain, un peu plus confus. La croissance démographique de notre région s’est certes quelque peu ralentie ces dernières années. Mais le nombre de places disponibles en crèche demeure malgré tout bien inférieur à la demande des jeunes parents. Le soutien continu de la COCOF à la création de nouvelles places, par le financement des infrastructures, est donc fondamental. Nous partageons l’attention du Collège portée aux taux de couvertures et aux publics-cible. Les situations individuelles complexes (monoparentalité, recherche d’un emploi) méritent en effet une vigilance particulière et un soutien accru.
De plus, nous évoquions notre attention pour les personnes en situation de handicap, et celle-ci inclut évidemment les jeunes enfants. Nous nous réjouissons donc des trois projets de crèches inclusives que vous annoncez, et nous espérons qu’ils seront suivis d’autres initiatives analogues. L’inclusion doit démarrer dès le plus jeune âge.

Je pense à présent aux élèves et étudiants de nos écoles et hautes écoles. L’année scolaire qui s’est écoulée n’était pas simple. Celle-ci s’annonce tout autant compliquée. Entre les situations de quarantaines récurrentes, et l’alternance entre enseignement en présentiel et à distance, la pandémie bouleverse notre système d’enseignement, et accroît les risques de décrochages scolaires. Nous nous réjouissons des résultats encourageants des dispositif de raccrochage scolaire de l’été organisé par le pouvoir organisateur pour pallier ces difficultés.

Un autre aspect du problème est la fracture numérique. Bien que antérieure à la pandémie de Covid-19, celle-ci est devenue une préoccupation encore plus aiguë.  Rappelons, qu’il n’y a pas que les élèves qui ont besoin de matériel informatique. Certains enseignants ne disposent non plus de matériel chez eux. Des efforts appréciables ont été faits en ce sens par le Collège. Ils doivent être poursuivis, à fortiori vu que l’incertitude liée à durée de la crise sanitaire se renforce. Si l’enseignement à distance devient de plus en plus une nécessité, nous voulons insister sur le fait qu’il ne viendra jamais remplacer totalement l’enseignement en présentiel. Ce dernier doit rester la norme.

Avoir du matériel c’est nécessaire et savoir l’utiliser c’est encore mieux. Certains élèves, comme certains professeurs, ne disposent pas des compétences nécessaires pour opérer le matériel ou les logiciels requis pour cet enseignement à distance. Si la Communauté française met progressivement en place des moyens destinés à former les enseignants, la formation des élèves doit également être un objectif pour lutter contre la fracture scolaire et les inégalités.

Face aux effets de la crise sanitaire sur le plan économique, la formation professionnelle est un outil crucial pour un grand nombre de personnes, confrontées aux bouleversements du marché de l’emploi.
En ce sens, nous partageons largement les constats établis par le Collège. Il est indispensable d’aider les Bruxelloises et les Bruxellois qui ont besoin de se réinventer ou d’acquérir de nouvelles compétences pour retrouver un travail aux perspectives plus prometteuses. Les leviers, en COCOF, sont importants : une enveloppe de 3,6 millions du plan de relance régional en faveur de la formation qualitative ; l’augmentation des mécanismes de validation des compétences ; ou les dispositif de formation alternance. Il faut s’en saisir. Il nous paraît essentiel que ces avancées soient orientées vers des métiers d’avenir, et notamment ceux de la transition écologique.
En préparant cette transition aussi par le marché de l’emploi, nous renforcerons la résilience de notre région face aux futurs chocs sanitaires et économiques.

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 Je voulais conclure avec force et avec engagement. Avec une attention démocratique et déterminée pour les actrices et les acteurs de la culture bruxelloise.

Nous devons être attentifs à ne pas parler de fermeture de la culture. Jamais.

Si le virus met à l’arrêt une bonne partie de son rayonnement, nous devons aussi rester attentifs à assurer son redéploiement.

Nous devons assurer la survie pour aujourd’hui et pour DEMAIN : Soutenir, protéger et réguler.

Vous le disiez, Mme la Ministre-Présidente : cette année fut particulièrement complexe pour celles et ceux qui font culture et nous voulons aussi voir la lumière au-delà de la crise.

Nombreux sont celles et ceux qui se retrouvent aujourd’hui face à de très lourdes difficultés, voire, pour certains, à un risque existentiel. Il est vital d’apporter notre aide aux artistes, créatrices et créateurs, techniciens et techniciennes, mais aussi aux associations culturelles et créatives.
Ils nous offrent l’air dont notre démocratie a besoin.

Le Collège saisit l’importance de ces enjeux, touchant à l’exercice de la citoyenneté. En réaffirmant sa volonté de renforcer l’accès à la culture pour toutes et tous. Dans la diversité. Avec une écoute particulièrement pour les plus fragiles. La médiation culturelle permet de renforcer l’effectivité des droits culturels, alliant l’accès à la culture et la participation. Une participation à l’expression, à la créativité, à la gouvernance.

Le soutien à la culture et à sa démocratisation, c’est aussi ce qui permettra  aux Bruxelloises et Bruxellois de continuer à imaginer un horizon par-delà la tempête et les tourments de notre temps.

Nous voulons construire notre capitale dans une alliance culturelle forte qui respecte et s’inspire de la richesse de nos différences, de nos aspirations, de nos volonté de liberté et de solidarité.

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Je voudrais terminer en remerciant toutes celles et tous ceux qui sont sur le terrain.   Je pense en particulier aux fonctionnaires et aux travailleurs du secteur non-marchand.  Et je tiens à saluer la revalorisation des travailleurs du non-marchand. C’est un pas dans la bonne direction.

Vous êtes les forces de la COCOF. Vous concrétisez les missions si importantes pour les Bruxelloises et les bruxellois.

Merci.

Merci pour votre attention.