Des finances régionales décarbonnées dès 2025

Ce lundi en commission Finances du Parlement bruxellois, j’ai eu l’honneur et le plaisir de  présenter la proposition de résolution « relative au désinvestissement des combustibles fossiles et à une gestion financière durable et engagée » sur laquelle Juan Benjumea (groen) et moi-même avons beaucoup travaillé afin d’enrichir et d’actualiser la proposition de nos collègues Annemie Maes, Bruno Dellille, Arnaud Verstraten et Evelyne Huytebroeck datant de 2015

Depuis 2015, le monde de la finance responsable a beaucoup évolué. Si aujourd’hui la proposition est moins gardiste sur certains volets.  Elle est nécessaire pour nous mettre en cohérence avec les ambitions climatiques et environnementales de notre Région.

La finance est perçue par beaucoup comme une chose abstraite. Des chiffres qui circulent entre des comptes en quelques nano secondes. En effet un grand volume de cette finance reste de la spéculation, loin d’être ancrée dans la réalité productive.  Et pourtant l’argent a une odeur.  Les investissements financiers créent une réalité et soutiennent l’économie.  Ils ont un impact concret sur notre monde.

Le texte que nous proposons est un signal et une mesure de prévention.  Il vise à préserver notre patrimoine financier, et ce faisant préservant notre patrimoine planétaire.

Nous sommes face à une urgence climatique qui met en danger la survie de nos civilisations sur terre. Nous ne pouvons plus continuer à extraire et à bruler les combustibles fossiles.  Nous devons limiter la hausse des températures à un maximum de 1,5°C, afin de contenir les dérèglements climatiques dans des proportions « gérables ».  Pour cela il faut reallouer les fonds des sociétés exploitants le pétrole et le charbon vers des énergies vertes et durables, et grâce à cette réallocation laisser un maximum des gisements dans le sous-sol.

Le mouvement du désinvestissement est en marche. Si au départ les premiers l’ont fait principalement pour des raisons environnementales, aujourd’hui ce désinvestissement s’accélère pour des raisons bien plus pragmatiques.  

Et en effet, pourquoi désinvestir aujourd’hui?

D’abord c’est politique :

  1. C’est un signal fort.  La Région clame ainsi qu’elle prend la pleine mesure de l’urgence climatique et quelle souhaite utiliser ses fonds pour créer une réalité durable.  Ce Signal aussi important en préparation de la COP26 de Glasgow en Novembre.
  2. C’est être cohérente avec nos propres politiques et en particulier nos objectifs climatiques.
  3. C’est mettre la politique d’investissement en accord avec l’intérêt général et la gestion de risque.
  4. C’est affirmer la place de la Région bruxelloise dans la lutte contre le réchauffement climatique.

C’est ensuite rationnel économiquement , c’est sentir le sens du vent!

  1. Les énergies vertes deviennent plus rentable que les énergies fossiles, ces derniers vont donc perdre de leur attractivité.
  2. C’est sortir avant que les combustibles fossiles deviennent des positions risquées.  
    1. Les politiques climatiques et d’investissement responsables, les positions des sociétés d’assurances et re-assurances, ainsi que les oppositions croissantes du public, rend l’exploitation fossile de plus en plus chères et de plus en plus compliquées et des lors plus risquées. Par exemple: en Pologne une usine de production électrique à charbon n’a pas trouvé d’assureur; la compagnie d’assurance Loyds va quitter le marché des combustibles fossile d’ici 2030.
    2. Les gisements faciles d’accès diminuant, il faut aller chercher du pétrole dans des lieux de plus en plus profond et dangereux ce qui engendre des risques d’accident et des coûts croissants
    3. Les réserves restantes sont principalement situées dans des pays géopolitiquement instables ou dangereux.  Ceci présente un risque pour nos finances et pour notre sécurité d’approvisionnement.
    4. Nos politiques comporte des risques « économiques » pour les secteurs fossiles : nos règlementations climatiques mettent à juste titre de plus en plus de contrainte à l’exploitation fossile. En particulier, la taxe carbone, que nous appelons de nos voeux, par exemple aura un impact sur les investissements carbonés. Les prérequis d’analyse de risque, reporting, …

Les leaders financiers montrent déjà le chemin à suivre. La Net zero asset owners alliance, regroupant plus de 5,700 milliards d’euro à ce jour, appellent à un alignement avec les accords de Paris.   Même Blackrock – la plus grande société de gestion d’actifs au monde qui pesait 6,500 milliards d’euros en 2019 – a annoncé son retrait du charbon pour certains de ses fonds. Tout cela n’est pas par conscience environnementale mais bien par flair du vent qui tourne.

Du côté des acteurs public, La Banque de France a annoncé en janvier sa politique de désinvestissement : Elle exclu entièrement du charbon d’ici 2024, ainsi que se détourne des entreprises dont 10% des hydrocarbures non conventionnel.
De plus , dès 2021, elle applique une politique de surveillance des entreprises où elle investit afin de s’assurer qu’elle ne s’engage pas dans les énergies fossiles.

Tout le travail sur la taxionomie sur les investissements durables dirigés par la commission européenne a été à cet égard une impulsion majeure. La population veut clairement des investissements plus respectueux de l’environnement (et du social) du coup chaque acteur financier y allait de sa petite potion durable. L’émission Investigation de la RTBF diffusée en avril 2020 a bien montré comme le monde financier pouvait être hypocrite en la matière.  Le travail sur la taxionomie (même s’il n’est pas parfait) oblige aujourd’hui les acteurs à plus d’honnêteté dans la démarche.  Ce qui a déjà permis un énorme bon en avant vers plus de respect de l’environnement, même si ce n’est malheureusement pas suffisant.

Donc pour toutes les raisons environnementale, politique et économique, la proposition de résolution demande donc sept choses :

  1. Des chiffres et des analyses : où on est et quelle performance les fonds de pensions auraient eu sans les positions carbonées?
  2. Un désinvestissement de l’industrie fossile de tous les organismes régionaux progressif d’ici 2025
  3. Opter pour une gestion durable des finances, et des investissements engagées (on s’implique et on essaye d’orienter vers plus de justice sociale et environnementale les sociétés où on a investi)
  4. Encourager et soutenir les communes et autres pouvoirs à faire de même 
  5. Confier à une institution publique régionale la mission d’accompagner les organismes bruxellois
  6. Insister au près du gouvernement fédéral et de la commission européenne de supprimer progressivement toutes les subventions existantes qui portent atteinte à l’environnement 
  7. Insister auprès des instances européennes sur la création d’une banque du climat et sur la mise en place d’une directive de désinvestissement dans les énergies fossiles pour tous les acteurs financiers.

En commission le 26 avril 2021, la proposition a obtenu 10 votes pour pour, et 4 abstentions (MR, Vld, NV-A).

Rendez-vous en plénière le 12 mai normalement pour le vote du Parlement.